Voir et aviser

Donc voila. Ça va bientôt faire 3 mois que j’habite en Angleterre. C’est le temps que je m’étais donné à la base comme « temps minimum » avant de « voir et aviser ». Il est donc temps de voir, et d’aviser.

Vivre dans un pays étranger peut provoquer des effets secondaires assez étonnants, dont j’aurais bien aimé qu’on me parle avant. Je ne pense pas que ça m’aurais découragé à partir, mais ça m’aurai évité quelques petits moments de panique en mode « OH MON DIEU ma vie est un enfer » et un certain nombre de moment où tu te sens très très con.

Voici donc une liste non-exhaustive des trucs et des machins qui peuvent vous arrivez si vous déménagez dans un pays étranger.

1 – Même si vous le savez à l’avance, découvrir en vrai le « rayon fromage » du supermarché exclusivement composé de cheddar… ça fait mal. Astuce pour ceux qui habitent à proximité d’un mark & spencer : ils ont des fromages français. J’y ai même trouvé de l’Epoisse, j’étais drôlement contente. Mes colocs, tous anglais qui trouvent que le camembert ça sent fort… moins.

2 – Toujours dans les supermarchés, il y a des produits que vous considérez comme universels et qui en fait ne le sont pas DU TOUT. Le cube Or. Le saucisson. Le chocolat en poudre. Le vin de cuisine. Là, une seule solution : le colis de survie. Merci maman.

teabag
La preuve en image.

3 – Par contre vous vous retrouverez avec des rayons entiers de… trucs. Je dis « trucs », parce que ça peut être tout et n’importe quoi, mais la majeure partie du temps, vous n’avez juste aucune idée d’à quoi ça peut bien servir ou juste, pourquoi est-ce que ça existe. Le mini crevettes séchées en sachets. Les bocaux d’œufs au vinaigre. Les paquets 440 sachets de thés. Si si, 440. Et depuis j’ai même trouvé des paquets de 600 sachets de thés, sait-on jamais.

4 – Assez parler de bouffe, passons aux choses sérieuses. On sait normalement avant de partir que l’apprentissage d’une langue, c’est fatiguant. On se trompe : c’est épuisant. Même si je comprend assez bien ce qu’on me dit, et que je progresse de jours en jours, ça reste vraiment très très très fatiguant. Ce n’est pas juste un peu de fatigue du genre « oulala, j’ai parlé anglais pendant 8 heures aujourd’hui, j’ai un petit peu mal au crâne ». Noooon. C’est de la fatigue à telle point que j’ai l’impression que mon cerveau déconnecte complètement, qu’il lâche l’éponge et qu’il me laisse me débrouiller avec juste mes fonctions vitales pour faire la conversation. Au bout de 5h à travailler dans le pub, la seule chose de j’entends quand on me parle, c’est « balalabbllaaalbblaaalalaa ». Très pratique pour prendre des commandes. Du coup je suis obligé de faire répéter 5 fois de suite, et généralement j’abandonne et je demande qu’on me montre. C’est la classe.

5 – D’un autre côté, quand on rencontre des francophones, on redécouvre le bonheur de parler sa langue. Du coup, on est tellement content de pouvoir parler français que ça déborde… J’ai commencé à parler toute seule, je l’avoue. Le plaisir de pouvoir avoir une conversation (avec des vrais gens c’est quand même mieux) sans avoir à chercher ses mots, pouvoir exprimer autre chose qu’une platitude lamentable et parler d’autre chose que ce qu’on a fait dans la journée et du temps qu’il fait… c’est incroyable. C’est vraiment frustrant de ne pas pouvoir mettre sa personnalité dans ce que l’on dit, on a l’impression d’être la personne la plus plate et ennuyeuse du monde. Je ne m’étais jamais rendue compte à quel point le langage est personnel avant d’en être privée, et ça peut être un peu déprimant par moment.

6 – C’est certainement aussi lié à ma personnalité, mais je sais que je ne suis pas la seule dans ce cas : habiter dans un pays étranger, ça démultiplie les sensations. Du coup quand j’ai une bonne journée, j’ai VRAIMENT la pêche. Par contre, quand je me sens déprimée, seule ou même vaguement fatiguée, je suis VRAIMENT mal. Il y a des très moments très hauts et d’autres où il faut que je m’achète une pelle pour continuer à creuser. J’imagine que quand on est dans son environnement normal, on ne voit pas ces moments de grosse déprime parce qu’on les enterre en voyant des amis, ou en s’occupant. Ici, il arrive que je ne puisse voir personne d’autre que mes colocs pendant plusieurs jours, et même si Skype c’est pratique, ça déprime encore plus de se dire qu’on ne peut pas être avec sa famille/son copain/ses ami(e)s. Parfois j’ai l’impression que la motivation qu’il me faut pour me lever c’était celle qui m’étais allouée pour la journée, et qu’après ça c’est fini. La seule réponse que j’ai trouvé pour le moment c’est de continuer à faire des choses, me forcer à sortir. Un peu comme un moteur qui a besoin d’énergie pour démarrer, si je ne me force pas à agir, je m’enfonce comme dans de la poix dans ma déprime.

7 – En Angleterre, tout le monde s’envoie du « love » à tout bout de champ. C’est assez surprenant les premières fois que le chauffeur de bus, de l’âge de ton grand père, ou la caissière du supermarché t’appelle « my love » quand tu leurs tend ta monnaie. Non ce ne sont pas des satyres, c’est juste une façon de parler. Et non, ils ne t’aiment pas  vraiment.

8 – De façon générale, les français ne sont pas très appréciés, et généralement, c’est justifié. Une partie des français que j’ai rencontré ici se comporte comme s’ils étaient en pays conquis. Ou de façon plus générale, comme si notre culture était meilleure que celle des anglais. J’ai eu des moments de gêne très profonde quand j’étais avec des français qui se comportaient comme des gros abrutis avec des anglais. Du coup je pense que j’apprends à peu près autant sur notre culture que sur la culture anglaise, et ce que je vois ne nous mets pas toujours franchement en valeur…

J’en aurais encore des tartines à raconter, mais ça sera pour une prochaine fois.

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