Loi sur le renseignement : on vous prend pour des moutons

Voilà 4 mois que les attentats à Charlie Hebdo et à l’épicerie cacher ont poussé les foules dans la rue, pour manifester leur amour de la liberté d’expression et du droit de dire ce qu’on veut, quand on veut, où on veut. Et de pouvoir en rire, en parler entre nous. Le droit de combattre la terreur et l’obscurantisme religieux avec les armes de la République : la justice.

Où sont-ils aujourd’hui les 3.7 millions de Charlie quand leurs libertés individuelles sont mises en danger par leur propre gouvernement ? Où sont-ils quand on vote à l’Assemblée, devant la trentaine de députés qui daignent se déplacer pour faire leur métier, un projet de loi de surveillance généralisée ? Où sont-ils lorsque le gouvernement met en place des systèmes pour espionner ses citoyens, enregistrer leurs conversations, ceux de leurs proches, et violer une bonne fois pour toutes le secret des correspondances et le droit à la vie privée? Après tout, on s’en fout, c’est Bernard Cazeneuve qui le dit :

Allons-y gaiement.

Je ne ferai pas ici d’explication du texte : je ne suis pas juriste, et des personnes bien plus calées que moi sur le domaine ont déjà fait un travail remarquable d’épluchage de la loi et de transcription pour le commun des mortels. Je vous invite donc à aller lire les articles de NextImpact sur le sujet :

Loi Renseignement : le vrai Vrai/Faux du gouvernement

On vous réexplique le projet de loi sur le renseignement

Je vous conseille aussi d’aller voir de vos yeux le nombre de députés qui se sont déplacés hier et aujourd’hui en regardant la vidéo de la séance publique ici : Séance publique / Mercredi 15 avril 2015

Des dizaines d’associations, de syndicats, comme La quadrature du net, La ligue des droits de l’homme, le Syndicat de la Magistrature et d’autres se sont élevés contre ce projet de loi. Et pourtant… tout le monde s’en fout. Le gouvernement profite du climat de peur du terrorisme pour balancer aux orties nos libertés. Pour la lutte contre le terrorisme, mais aussi pour « La prévention des atteintes à la forme républicaine des institutions, des violences collectives de nature à porter atteinte à la sécurité nationale, de la reconstitution ou d’actions tendant au maintien de groupements dissous » on décide d’espionner tout le monde. Au moins on sera égaux devant ça vous me direz… Pour rappel si cette loi avait existé en mai 68, le gouvernement aurait pu vous espionner tranquillement pour savoir si vous alliez aller manifester ou pas. Qui vous dit que de tels évènements ne se reproduiront jamais ? Il est vrai que lorsque l’on se sait surveillé, on ouvre beaucoup moins sa gueule.

Aujourd’hui, quelques heures après la fin des débats rondement menés, les conséquences ne se font pas attendre : deux hébergeurs ont déjà plié bagage pour aller s’installer à l’étranger, loin des boîtes noires pompant les données personnelles de leurs utilisateurs que le gouvernement voulait leur faire installer dans leurs systèmes. Valentin Lacambre explique sur la page de Altern.org, d’ores et déjà fermé pour déménagement, que « On a bien rigolé en les voyant gesticuler à tenter de bloquer la mer avec des lignes Maginot comme l’hadopi.  Mais aujourd’hui ils ont trouvé une parade en nous obligeant par la loi à installer au coeur de nos infrastructures des analyseurs sous le contrôle des services secrets.  Ce contrôle sur les télécommunications appelle à l’autocensure de notre expression publique et annihile notre vie privée sur internet. »

J’ai lu beaucoup d’articles, plus ou moins alarmistes sur la question de la loi de surveillance. J’en suis arrivée à cette conclusion : si ça ne vous inquiète pas qu’on puisse vous surveiller, c’est qu’il faut vous inquiéter. Vous n’avez peut être rien à vous reprocher, et tant mieux pour vous, mais qu’en est-il de vos proches ? Qu’en sera-t-il lorsque le fait d’aimer les caniches nains à rayures bleues sera devenu un délit et que vous souhaiterez aller voir des vidéos de caniches bleus sur YouTube ? Beaucoup de personnes brandissent l’argument du « cette loi mise en de mauvaises mains, blablabla ». Pour moi, elle est déjà entre de mauvaises mains, puisqu’elle est entre les mains des personnes qui l’ont créée.

Renseignez-vous, lisez, et au minimum, faites-vous une opinion sur la question plutôt que de regarder ailleurs en sifflotant. Vous avez élu les personnes qui aujourd’hui ont le pouvoir de décider d’un Big Brother à la française, alors appelez vos députés pour vous rappeler à leurs bons souvenirs. Sans nous, ils ne seraient pas là, ils nous en doivent bien une !

Et si vraiment vous continuez à vous en tamponner le coquillard, allez lire cette Lettre à ceux qui s’en foutent. Ça sera toujours ça.

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